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Capitaine Bleu, au rapport !
Le croûteux en salopette, la goute au nez, monte sur le petit talus ou se trouve Capitaine Jaune. C'est le seul morceau de terre parmi l'océan de béton et de cadavres aux alentours, alors.... Et il plante son drapeau grossier avec un stickman-guerrier grossier dessiné dessus au feutre jaune. On le voit presque pas, c'est minable, c'est de la merde. Mais ils sont contents, à en voir leur petit sourire béat.
J'suis la, Capitaine Jaune !
Capitaine Bleu, ou c'est qu'elle est, la sale petite sorcière? T'as fait ce que j't'ais demandé? Tu l'as balancé ou j't'ai dis? Tu lui as pissé d'ssus du haut? C'est bon, dis? C'est ok? Et le magazine cochon, tu l'as ?
Capitaine Bleu dépose en premier leur Graal, leur relique, avec un soin tout à fait relatif si l'on prend en compte sa puanteur et sa saleté, digne d'un meuble en bois pas épousseté depuis cent-sept dans le taudis d'une vieille qui aurait crevé dans sa merde trois jours auparavant. Il relève la tête, et parle enfin de la petite sorcière avec un sourire mesquin:
Ouay, elle m'a poursuivi sur tout l'chemin, alors j'l'ai repoussée avec un baton, j'lai vaincue ! Et j'l'ai balancée dans la fosse au monstre !
Bien joué, Capitaine Bleu ! On r'tourne à la base, Capitaine Vert a dû crever quelques mendiants pour leur tirer d'la bouffe !
Et les deux petits salopards s'en vont sur ces mots. A présent, nous sommes plus loin. Vraiment plus loin, dans la nature. Dans une petite forêt, pour être exact.
Vous savez, Capitaine Bleu a menti. La petite sorcière ne l'a pas poursuivi, ne lui a pas jeté d'sort ou n'importe quelle autre baliverne. La petite sorcière a été trompée, menée jusque la, et poussée froidement. Regardons un peu ce qui se passe en bas.
Zoé est la, c'est elle la petite sorcière. Elle a 9 ans, sur le coup. Oui, seulement 9 ans. Elle se frotte les membres engourdis dans son trou, son puit, et gémit de douleur. Le soleil va se coucher et traverse les maigres feuillages du haut. Elle a très bien compris ou elle était, ce qu'on appelle la Fosse aux Monstres. Et déjà, Zoé est d'une intelligence redoutable. Elle s'enduit rapidement, par des gestes lents, de boue sur tout le corps, et prend vite son briquet favori et sa bouteille remplie d'essence dans la main. Elle s’assoit dans la pénombre, ses ustensiles entre ses mains, et attend sagement.
SsssssSSSssss.
Ça y est, les monstres arrivent. La pâle froideur de la nuit fait surface, et les interminables serpents de la fosse se réveillent. Zoé garde le visage sérieux, la boue sur son corps masquant toute trace de chaleur. Des serpents passent sur son petit corps sans ne rien comprendre.
Un premier jour a passé. Zoé s'est enduite au maximum de boue pendant la nuit par des gestes lents, et elle n'est plus qu'un tas de terre ambulant. Aujourd'hui, Zoé attaque son travail. Par des gestes d'une effroyable lenteur, elle taille à la main des marches dans la pente afin d'atteindre l'espèce de grosse branche qui pend dans le vide. Elle y parvient, et la nuit retombe. Retour en bas, toujours plus de boue, elle dort. Ils se réveillent.
Deuxième jour, c'est le grand moment. Le tas de boue se lève et verse un large cercle d'alcool autour d'elle et de la branche. Elle s'active, les serpents bougent. Ils bougent ! Ils se réveillent ! Zoé fonce, TAC ! Elle allume le cercle de feu, les serpents brûlent. Elle se dégage de la boue et d'un bond gravit les premières marches vers la grosse branche. 30 secondes plus tard, Zoé est allongée dans l'herbe, la haut. Le soleil lui caresse le visage, elle pleure.
Le lendemain, extenuée, et après s'être correctement nourrie de baies et de fruits, elle retourne au petit campement, le visage tremblant de haine. Elle connait son plan, et établit son maigre lit cachée sous les débris. Comme une tique perchée sur sa feuille attendant sa proie. Elle dort un peu, et c'est la nuit, encore.
On ne monte pas la garde, ce soir, c'est soi-disant jour de fête. Le retour de la chasse, il parait. Pour Zoé, c'est le retour... Des proies. Profitant de la nuit, elle emporte avec elle sept bouteilles d'alcool qu'elle déverse sur les points stratégiques: Tentures, bois, feuillage, foin.
Et cette nuit-là, Zoé part vers l'Ouest, seule, sans rien. Laissant derrière elle les cris du camp flamboyant. Les flammes sont incroyablement hautes, et belles. Zoé les dévorent du regard. Cette nuit-là, Zoé a emporté avec elle toute sa haine, sa rage de vivre que des gamins de son âge ont essayé de lui voler.
Les humains brûlent formidablement bien, pourvu qu'on y mette du sien.
