Khadija
 

La soif d’apprendre

Partie 1 : Une ancienne vie paisible



Pour Khadija, la vie s’était écoulée relativement paisiblement.

Aussi loin qu’elle se souvienne, elle avait vécu avec ses parents dans une sorte de cahutte faite de bric et de broc dans la forêt.
Ils y vivaient juste tous les trois seuls. Ils y avaient bien d’autres regroupement de survivants aux alentours, mais ils ne les approchaient que rarement pour troquer des médicaments, des outils ce genre de chose.
Ses parents se méfiaient des étrangers, ils avaient préférés une vie de reclus loin de ce qu’était devenu le monde pour protéger et élevé leur fille.
Sa mère elle était une femme discrète et réservée et se contentait d’entretenir la maison et d’effectuer les corvées. Elle mourut quand elle était jeune, emportée par une pneumonie.

Son père l’éleva donc ensuite seul. Il lui transmit son envie d’apprendre et sa curiosité de tout.
Il lui apprit tout ce qu’il savait sur les animaux et les plantes de la région. Il la faisait également participer activement à ses travaux de recherche. Ils disséquaient, analysaient, cataloguaient tout ce qui se présentait à eux avec une fascination toujours grandissante. Il l’enrichissait de terme étrange censé  être
Elle adorait son père plus que tout au monde. Elle se plaisait a croire qu’il était l’homme le plus beau, le plus fort et le plus intelligent au monde. Pourtant malgré tout ça il ne put être sauvé du molosse qui le dévora.

A 15 ans elle était seule, vivant en recluse loin du monde. Les seules fois où elle s’approchait des autres regroupements de survivants c’était pour aller déterrer des cadavres frais afin de les autopsier et d’en étudier  l’intérieur. Parfois elle parlait aux cadavres pour ne pas perdre la parole.
Mais un jour le monde la rattrapa.
Elle revenait de cueillette avec quelques provision et un beau spécimen de coléoptère qu’elle était impatiente d’étudier, quand elle sentit l’odeur. Quelque chose brûlait. Au loin, une épaisse fumée noire s’échappait de la cime des arbres. Elle activa le pas et ses pires craintes furent confirmés : sa maison était en flammes. Elle resta un instant là interdite songeant a toutes les connaissances perdus, celles de son père et les siennes. Le travail de deux vies…
Puis elle distingua trois silhouettes. L’une d’elle se retourna vers elle et hurla : « IMPURE ! ».
A peine les silhouettes s’étaient mise en route qu’elle était déjà en train de courir comme une dératée, par chance elle connaissait parfaitement la forêt, son père avait même aménagés quelques cachettes pour un cas comme celui-ci. Elle fonça vers la plus proche : un simple trou dans le sol recouvert d’un buisson sur une planche. Les Nashen arrivèrent, pestant de l’avoir perdu, ils étudièrent les traces mais comme Khadija passait souvent par ici des traces il y en avait partout. Un bruit au loin les alerta et ils s’élancèrent dans sa direction.

Khadija resta là, silencieuse, tapie dans l’ombre recroquevillée sur elle-même. Le lendemain elle se résigna a sortir toujours prudente. Elle se dirigea vers sa maison ou du moins ce qu’il en restait. Plus rien n’était récupérable. Elle tomba a genoux et pleura.
Elle n’avait plus rien a faire ici, alors elle se mit a courir. Courir courir courir. Vers où ? Peu lui importait mais ça devait être loin.
Elle courut longtemps sans s’arrêter ou presque puis elle finit par s’effondrer de fatigue, à bouts de force loin de chez elle, dans une région inconnue.
Steto passa par là et l’embarqua.

A son réveil, il lui expliqua la situation et lui donna un insigne fondateur. Elle n’en revenait pas. Elle avait déjà entendu son père en parler. Elle s’attendait donc à découvrir de véritables merveilles dans ce temple du savoir.

 
Khadija
 

Re: La soif d’apprendre

Partie 2 : Découvrir « les gens »



Arrivée là... elle fut saisit d’une chose le nombre hallucinant pour elle de gens. Ils étaient juste... plein !

Des gens en armes aux airs sévères, des gens pas en armes aux airs sévères. Bref... ça avait l’air de ne pas rigoler dans le coin. En même temps ça tombait bien pour Khadija : elle ne concevait pas l’humour.
Intimidée par cette vaste populace, elle qui avait vécue en recluse une bonne partie de sa vie, elle fit ce qu’elle savait faire le mieux au monde : se poser une question, regarder la réponse et comprendre pour apprendre.
Doucement elle assimila des concepts tels que « dire bonjour » ou encore « sourire sans raison » par mimétisme, par volonté de s’intégrer.

Elle était regardée. D’une part à cause de sa maladresse et comme disait sa mère à cause de son « attitude lunaire et rêveuse ». Egalement aussi à cause de sa timidité maladive. Aussi peut-être un peu à cause de sa jeune beauté, de ses grands yeux bleus déteignant d’avec sa peau d’ébène et ses longs cheveux crépus.

Un homme la repéra. Intrigué par cette jeune femme qui restait dans son coin en prenant des notes sur tout et admirant les reliques du tripot. Ce fut Poverello, le Veilleur à cette époque encore. Il vit en elle la volonté de faire progresser la science. Par sadisme, ou par pari sur l’avenir, il la chargea d’organiser une fouille aux documents précieux pour la science dans Vedasq…

Elle… dix-sept ans… nouvelle arrivée… timide maladive… avec le charisme d’une huitre… et elle-même sachant qu’elle a le charisme d’une huitre et le reste…
Khadija cru mourir…

Cependant elle releva le défi ! Oui Parfaitement ! Elle cogna même son poing sur un mur surement pour démontrer aux briques sa volonté (ce qui lui valut quand même un bon bleu à une phalange).
Vint ensuite le temps de faire un… discours… oui oui un discours…
Elle se tenait là, à côté de la statue, en hauteur des autres fondateurs autour du feu… Poverello était juste à côté prenant des genres de poses… Et lui laissa la parole. Le silence se fit. Les lèvres bougèrent, la langue claqua et les mots sortirent de la bouche de Khadija.
Pathétique ? Oui. Dans toute l’histoire du Cosmos peu de discours peuvent rivaliser avec celui-ci au niveau de la médiocrité. C’était juste au-dessus d’un « allez les gars !» en plus long et chiant mais entrecoupé d’innombrables « heu… » ce qui le rendait encore plus chiant. Cependant il venait du cœur et du plus profond de ses tripes (et accessoirement du reste de ragout qu’elle avait vomi avant de prendre la parole à cause de son anxiété) en cela donc : c’était beau.

Mais le pire… c’est que des gens s’étaient inscrits à cette fouille… Au total le groupe qui fut formé était de huit Fondateurs dont deux soldats visiblement confirmés. Quelle misère pour Khadija… elle qui ne se débrouillait bien qu’avec des êtres morts ou des insectes, la voilà contrainte de diriger une genre de « team ».

La troupe se mit en route, passa les portes du Compas. Et s’élancèrent au HLM le plus proche. La fouille commença sérieusement, les petites mains farfouillant avec avidité les tiroirs, placards et poubelles de la ruine. Avec Khadija en tête le résultat vira vite au… désordre.
Très vite le groupe fut séparé en deux sans savoir pourquoi. Le groupe de Khadija resta soudé mais le seul militaire finit par partir. Ainsi de suite.
Au final en rentrant au Compas et sans compter les disparus le bilan de la fouille était… d’un document illisible…

Les participants rentrèrent se coucher mais Khadija resta seule à genoux, à serrer le pauvre papier inutile dans ses mains… Elle le mit dans son sac et s’en alla au dehors déterminée à faire mieux même seule.

Elle se rendit jusqu’à l’entrepôt de vêtement, fouillant tout sur son chemin et revint avec… deux autres documents illisibles.

Epuisée, frustrée elle s’endormit. Elle présenta tout de même le lendemain le résultat de la fouille à monsieur Max… Il fut souriant mais Khadija sentit pour elle une amère défaite.

 
Khadija
 

Re: La soif d’apprendre

Partie 3 : Premier faux pas



Tout avait commencé avec cette femme. Charlotte une emnue sans insigne sur le parking devant le Compas demandant de l’eau et des bandages pour un ami à elle.
Au début Khadija n’y prêta pas attention plus que cela accaparée qu’elle était par l’observation du molosse plus loin.
Cependant l’insistance mêlée de timidité de la femme finie par piquer la curiosité de la jeune fondatrice. Et elle et un groupe de trois autres la suivirent pour en savoir plus.

Arrivés sur place quelle ne fut pas leur surprise de voir là trois marcheurs peurs, à deux pas du Compas…. La surprise et la peur fugace passé firent place à une curiosité mordante.

L’un d’eux était manifestement blessé gravement à une cuisse, il devait s’être accroché au grillage juste derrière en tentant de sauter par-dessus selon l’analyse rapide de Khadija. Les deux autres semblaient
Pour la jeune fondatrice c’était là une chose merveilleuse et inattendue. Du genre de ces spectacles de la nature et de la vie comme elle les aimait.
De vrais marches peurs ! Vivants ! La femme Charlotte voulait soigner le blessé.
« Soit » se dit Khadija, peut lui importait tant qu’elle pouvait approcher ce marche peur de plus prêt. Mieux elle voyait déjà une possibilité de gagner la confiance des monstres pour pouvoir poursuivre une étude sur le long terme ! Quelle perspective magnifique dans l’esprit de la jeune femme !
Mais les deux autres marches-peurs valides, un costaud et un inquiet, ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils tenaient à tout prix à rester au près de leur camarade.

Khadija fit alors une fascinante constatation : ces êtres éprouvaient des choses. Tout dans leur comportement concordait cette théorie. Ils protégeaient leur congénère. Ils n’étaient en aucun cas agressifs. Des échange eurent lieux : des os contre des médocs…puis contre ces médocs des os… les Marche-peurs essayaient visiblement de comprendre mais sans y parvenir. Les grands yeux bleus de Khadija n’en perdirent pas une miette.
Ce n’est qu’après moults efforts et grâce à la diversion de leurs comparses que Charlotte et Khadija purent enfin approcher le Marche-peur blessé. Appeuré le blessé grogna mais trop faible pour s’enfuir il dut subir le soin, atroce visiblement, de Charlotte. Soigner la bête lui importait peu mais jamais elle ne s’était trouvée si prêt d’un Marche-peur. Milles idées lui virent quand à tirer profit au nom de la science de cette situation.

Mais déjà les Marche-peurs revenaient et le groupe rentra au Compas sauf Charlotte qui disparue totalement.

Ce ne fut que plus tard que Khadija découvrit qu’elle était convoquée par le Sage Poverello. De bonne grâce et sans se douter un seul instant de ce qui l’attendait, elle se rendit le plus vite possible au rendez-vous.
Après avoir été agressée dans la salle d’attente elle put tout de même être reçue par la Sage qui de but en blanc lui annonça sa trahison et que sa peine serait surement la mort.

Un instant elle ne comprit pas du tout. Son esprit ne pouvait pas assimiler des faits de cette nature.  Le Sage lui expliqua que soigner un mutant était un acte de traitrise. Khadija tomba des nues, ne comprenant pas pourquoi. Dans sa logique, elle n’avait bien sûr pas du tout fait cela que dans un but autre que servir la science. Le reste était pour elle anecdotique… non… inexistant. La science et elle seule était la valeur à respecter. C’était sa seule valeur.
Malgré ses arguments la décision était visiblement déjà prise. Sa peine fut toutefois commuée d’une sentence de mort à un jour de cage et trente coups de chicotte.

Incrédule, désorientée, terrifiée Khadija se déshabilla les yeux embués pour recevoir les coups du Sage et s’est en s’effondrant en larmes de douleur et de honte que la jeune femme fut laissée là. Elle resta là deux jours, visiblement on l’avait oublié mais elle n’avait osé dire quoi que ce soit. Pire elle avait dû côtoyer des mutants à côté d’elle. Ce fut deux des pires jours de sa vie à cet instant.

A sa sortie Khadija était si honteuse et humiliée que personne ne la vit durant deux semaines. Passant son temps à pleurer son avenir détruit, elle fit néanmoins à nouveau une tentative de retour dans le monde.

 
Khadija
 

Re: La soif d’apprendre

Partie 4 : Mauvaise rencontre



Peu de temps après sa faute, encore couverte de honte, elle avait voulu se rattraper par le travail. Sa seule raison d’être après tout. Elle s’était éloignée du Compas à la recherche de nouveaux spécimens d’insectes. Trop éloignée visiblement car elle avait fini par se perdre.

C’est là qu’elle vit cet enfant. Au début elle ne voyait pas ses yeux mais quand elle se rapprocha elle découvrit avec anxiété des yeux gris. Se souvenant de sa punition et ayant peur pour elle-même elle fit demi-tour.
Elle courut mais une flèche se planta à ses pieds, puis une seconde. La troisième l’atteignit dans l’épaule. La douleur aigüe la saisit sur le coup et elle s’effondra.

Ce fut alors que son calvaire commença.

Le jeune turne se riait de sa proie et la traina non loin dans une petite cabane de tôle. Il l’entrava de fil de fer barbelé et la bâillonna arguant avec aplomb qu’il allait revenir avec une amie pour jouer.
L’imagination de Khadija s’emballa à toute allure. Et durant l’absence de l’enfant elle tenta d’hurler, d’appeler à l’aide mais en vain…
L’enfant revint avec sa camarade de jeu, du même âge visiblement. Elle fut rouée de coups. La jeune fondatrice connue alors la douleur mêlée de l’effroi en voyant son auriculaire gauche se faire trancher sans autre raison que l’amusement de la gamine. Elle entailla ensuite sur une bonne longueur son bras droit lui laissant encore aujourd’hui un profonde cicatrice pire les gosses burent le sang qui s’écoulait de la plaie.

Elle fut laissée là. Blessée, en pleurs, terrifiée. Le lendemain la gamine revint. Son attitude était différente de la veille. Elle semblait presque gênée ou embarrassée de la situation.
La gamine expliqua qu’il fallait bouger, que l’endroit n’était pas sûr. Visiblement elle ne voulait pas que les Nashen lui mettent la main dessus et à vrai dire Khadija ne le voulais pas du tout non plus.

Elles se mirent en route. Sur le chemin Khadija espéra ardemment croiser une troupe de Fondateurs… En vain…
Leurs pas les conduisirent à la grotte inout. La Fondatrice fut attachée là, à une grille. Heureusement l’activité inout en ce moment semblait minime. La gamine était bizarre, elle la soigna même du moins le plus possible surtout pour son amputation de doigt.
La gamine s’en alla et Khadija resta là. Pour la jeune femme cela dura cinq ou six jours en réalité ce fut trois. Elle était là dans cette grotte malade, blessée, terrorisée. Elle attendait la mort non pas fièrement et droite. Non. Elle suppliait, versait larmes et salive pour implorer sa survie. Seule dans cette grotte immense.

Puis la gamine revint. Khadija était alors au plus mal. Un début d’infection s’était déclaré d’une de ses blessures. Mais elle n’était pas seule. Avec elle se tenait deux hommes qu’elle devina être des turnes à leur discours. Elle se dit que ça y était. Qu’elle allait mourir là surement de manière atroce. Elle ne laisserait rien, personne ne s’en soucierait. Elle pleura encore malgré la déshydratation refusant son destin. Dans son délire elle crut voir une gamine fondatrice également…

Là on lui annonça qu’elle allait rentrer chez elle.

Incrédulité de la victime. Rires de ses bourreaux. Les deux hommes la tueraient bien, mais la gamine ne veut pas. Les deux hommes s’en vont et enfin Khadija retrouve une semi-liberté reliée à sa geôlière qui la ramène vers…le nord !
Peu à peu le paysage redevient familier. C’est à environ trois cent mètres du Compas que la gamine, libère la jeune femme et l’assomme avant de s’enfuir au sud à toute allure.

A son réveil elle rampe jusqu’à la porte mais s’effondre  devant. Elle fut ensuite secourue par Swiix et soignée par une jeune fondatrice. A son réveil  ce fut lui qu’elle vit, il fut aussi le premier avec qui elle discuta vraiment. Il tenta de la rassurer mais en vain la pauvre était traumatisée par son expérience et l’idée même de sortir de la maison où elle se trouvait lui était insupportable. Malgré une brève sortie au tripot pour lui faire plaisir enroulée dans sa couverture elle ne ressortie presque pas durant deux mois sauf pour prendre un peu de ragout…

 
Khadija
 

Re: La soif d’apprendre

Partie 5 : Des idées… heu… des idées quoi…



De nouveau Khadija avait mis le nez dehors. Deux mois après sa rencontre atroce avec les enfants mutants.

Il faisait plus chaud. Nouvelle saison. Les insectes avaient déjà recommencés leur office bourdonnants ici ou là de leur labeur. Le moment idéal de reprendre ses études. Pour reprendre confiance en elle. Khadija mit donc le nez dehors.

Elle découvrit les changements du Compas, les récentes élections tout cela et se mit en tête de voir au plus vite Syrzyal pour intégrer la Branche Scientifique. Oui elle avait beaucoup d’idées théoriques qu’elle voulait tester ou vérifier. Un système de classification des espèces animales, une carte des systèmes de fonctionnement des corps vivants et peut-être une ou des nouvelles sciences…

Elle avait même une sorte de rêve.
Son cher et révéré paternel lui avait raconté petite l’histoire d’hommes qui avait 100 ans avant marchés sur la Lune parait-il…
Mais son père n’avait pas fait que narrer l’épopée, somme toute peu glorieuse malgré le symbole, d’Apollo 11. Qu’y avait-il en effet de glorieux en une bande de mecs cloitrés dans une boite de conserve durant des jours inhalant leur sueur, leur pisse et leur merde. Avec juste en fin de compte sous leur fesses un énorme explosif pour les propulsés au-delà du ciel et pour tout ordinateur l’équivalent numérique du boulier ? Oui ça aurait pu !  Mais lui, son père, il avait enrubanné l’histoire d’une multitude de personnages, allant du Prince de la Lune au monstre turne géant des cavernes. Et tandis que le Neil Armstrong accroché à sa fusée combattait les sombres épreuves, grâce à la Tek tous, lui et ses camarades, surpassèrent tous les défis et c’était là où -encore selon le père de Khadija- ils résidaient encore aujourd’hui surement. Le Prince de la Lune à peau ébène n’avait pas été unis à l’affreuse géante turne et attendait sa princesse dans son repos, figé tel un stalagmite, gardé par Neil et ses amis.
Pour elle c’était un rêve, le Prince de la Lune à la peau noire ébène comme elle l’attendait peut-être là-haut ? Comme du temps où elle était petite fille, elle regardait le ciel parfois en songeant à cette histoire… A cet homme… Avec lui pour faire comme les molosses ?
Mais elle était une femme désormais et non elle ne captait pas du tout ce genre d’histoire. Si elle avait rencontré le fameux Prince elle l’aurait assaillit non pas de baisers fougueux, mais de questions  toutes plus saugrenue que les autres. Telle que : où est l’herbe ? Puis voir vos morts ? C’est quoi ça ? Ou ce genre de choses.

Du coup elle aussi rêvait de pouvoir un jour attendre l’astre froid de la nuit.

Sa première idée fut bien sûr de construire une échelle. Mais même si le chantier paraissait colossal pour une telle œuvre, ce n’était rien en comparaison d’un fait simple : la lune bougeait. L’idée était donc vouée à l’échec.
Mais un arc ? Oui un arc ? Mais un très gros arc et une très grosse flèche avec un mec posé sur le bout ? Oui ça pouvait se tenter selon elle. Bien sûr il faudrait pour ça construire la chose sur un point en hauteur pour gagner du terrain sur la distance à atteindre. Un endroit comme le Nid serait parfait. Mais ça devait bien être jouable ? La Lune n’avait pas l’air si loin que ça après tout.

C’est donc ces idées, certes parfois saugrenues mais pensées avec méthode, que Khadija était bien décidée à mettre en place.

 
Khadija
 

Re: La soif d’apprendre

Partie 6 : La Branche Scientifique



Cette réunion avait tout changé. Enfin pas en elle-même, mais c’était l’occasion de rencontrer la Chef de la Branche Scientifique.

Peu avant il y avait eu une sorte de bordel… une prise de bec de pouvoir entre fondateurs…

Ca avait donné un remaniement des chefs mais fort heureusement seule la Branche importante pour Khadija n’avait pas été affectée. L’Infomancienne restait la même. Du coup les nouveaux chefs se présentaient.

La réunion fut longue, ennuyeuse et en fait Khadija n’écoutait que d’une oreille le babillage des uns et des autres. Elle avait passée tout le temps à fixer Syrzyal de ses grands yeux bleus avec une grande attention, comme une mignonne petite prédatrice à l’affut.

A l’instant même où la réunion fut achevée, la jeune femme fondit sur sa proie telle une rapace. Avec sa maladresse et son manque d’assurance habituelle elle exposa sa demande d’intégrer la Branche en tant que chercheuse vivologue. L’Infomancienne lui fit l’honneur de s’intéresser à son cas et voulut en savoir plus sur la nature de ses travaux. Khadija passa donc de son mode « timide » (propre aux relations sociales qu’elles ne maitrisaient pas du tout) à son mode « haut débit » (quand elle commence à parler travail) et c’est avec fluidité et assurance qu’elle exposa quelques-uns de ses projets. Syrzyal eu l’air très intéressée et donc accepta la jeune femme à la plus grande joie de cette dernière qui sautilla d’aise sur place avec son petit sourire enfantin.
Ouiiii ! Elle y était arrivée ! Ca n’avait pas été si terrible même si à un moment elle avait cru devoir vomir de nervosité.

Visiblement son passé criminel n’avait pas posé problème comme elle l’avait redouté. A moins que… l’Infomancienne ignore ce fait ! Cette idée épouvantable germa dans l’esprit de la jeune femme… Ca ne pouvait être que ça ! La fondatrice décida donc d’aborder directement le sujet dès que possible… après lui avoir fourni le début de ses travaux. Surement espérait-elle inconsciemment (car chez Khadija la notion de calcul était totalement étrangère) que l’Infomancienne serait en de meilleures conditions pour entendre ses aveux honteux si elle voyait qu’elle travaillait vraiment. De ce fait Khadija redoubla d’effort pour prouver sa valeur.

Mais pour le moment elle était désormais une scientifique reconnue et plus une amatrice ! Les yeux de la jeune femme papillonnaient de joie à l’idée de pouvoir avoir accès aux trésors de savoir de la Fondation mais aussi par l’idée de partage de connaissance, d’émulsion intellectuelle mutuelle avec ses nouveaux collègues de travail. Une vie de rêve même si il fallait composer avec « les gens ». Au moins avec les autres membres de la Branche avaient-il des points communs.

Khadija avait rencontré déjà quelques-uns de nouveaux collègues.

Bambam était du genre peu vêtue. Sous les sobriquets de « chaton » « poussin » et autre elle appelait les gens. Selon elle c’était une manière gentille de parler. Khadija réfléchit intensément avant de tenter poliment un « merci mon molosse » fort peu à propos mais qui eut au moins le mérite de faire sourire la jeune femme en face d’elle. Elle se disait apprentie médecin ce qui ravit Khadija. Bambam était aussi « chercheuse en plaisir » de ce qu’elle comprit. De même que son autre amie peu vêtue Rainette d’ailleurs, elle aussi récente recrue de la Branche. Elle étudiait les langues de son côté. Khadija lui proposa immédiatement de l’aider pour l’apprentissage du jargon africain langue qu’elle-même maitrisait parfaitement grâce à ses parents. Elle argumenta en expliquant que « bien maitriser une langue était très important » sans comprendre le double sens équivoque (pour tous sauf pour elle) de sa phrase face à deux prostituées le sourire aux lèvres.

Ces deux femmes avaient l’air gentilles et Khadija commença à développer une… non pas affection ce qui eut été totalement saugrenue pour elle… non une… « curiosité sympathique » pourrait-on dire. En sommes les voir mortes l’aurait contrit.

Il y avait aussi Aiz et Pauline deux grandes femmes (1m80 au moins). La première était un médecin émérite et la seconde chercheuse également en médecine et d ‘autres domaines visiblement.

La réunion de la Branche avait réuni toutes ces « femmes en vert ».

http://nsm05.casimages.com/img/2012/06/24/1206240127405441510020258.jpg



Dans les absents Jakob et Lobélia étaient visiblement aussi chercheur en viviologie. Khadija avait hâte de pouvoir les assaillir de questions, assez pour assommer un taureau en chaleur.

 
Khadija
 

Re: La soif d’apprendre

Partie 7 : Reprendre le travail



Le travail ! La seule et unique raison d’être de Khadija. Après tout c’était la seule chose qu’elle connaissait. Le reste ? C’était anecdotique.

De là où elle venait (elle n’aurait sût dire d’où en fait mais pas à côté) la faune et la flore étaient assez différentes. Quand elle était sortie de chez Steto la première fois, elle avait commencé par ramasser toutes les plantes et insectes inconnus en chemin. A la vue du molosse, il lui fallut très peu de temps pour comprendre qu’il était dangereux. Elle resta donc à une certaine distance de lui et dans le bon sens du vent pour que ce dernier ne sente pas sa présence. Après avoir pris quelques notes dans son nouveau carnet elle continua son chemin s’éloignant en silence de la créature pour gagner ensuite le Compas.
Depuis elle n’avait cessé de collecter des notes sur tous les sujets, sans en fait toujours savoir si oui ou non cela pourrait lui servir un jour. Mais c’était déjà ça de prit.

Durant sa convalescence elle avait ordonné ses notes et avait fait des tas de théories en recoupant le tout. Elle étudia aussi beaucoup les insectes qu’elle avait collectés. Elle lut quelques notes sur d’anciens projets abandonnés au Compas comme la montgolfière. Bref elle tua le temps du mieux possible.
Maintenant qu’elle avait retrouvé le courage de sortir, qu’elle faisait partie de la Branche Scientifique il lui fallait se retrousser les manches sérieusement. De tout ce qui y avait à faire elle avait deux priorités : D’une part créer une classification des espèces animales et répertorier toutes les espèces de la région. Le système était prêt il ne lui manquait plus que les espèces à ranger dans ses cases.

D’autre part elle voulait étudier le fonctionnement du corps par système. Pour commencer elle avait décidé de prendre le système digestif. Lors de la réunion de la Branche, les femmes en verts avaient été dérangées par un importun : Béranger. Pour le taquiner, elles l’avaient entouré visiblement désireuses de faire quelques expériences avec lui. Le soldat n’était visiblement pas tranquille, Khadija ne le mesurait pas mais en fait toutes les cinq étaient vraiment flippantes. Au final Béranger fut décrété par l’Infomancienne cobaye volontaire pour Khadija et ses travaux sur la digestion. Visiblement c’était une sorte de plaisanterie faite au soldat mais Khadija n’avait pas de second degrés et pris donc cela très au sérieux. Dès le lendemain elle avait commencé à établir un protocole d’expériences. Dans les prochains jours elle irait voir Béranger, avec une liste de chose à faire et… des pots à remplir. Surement que le soldat devrait donner de sa personne.

En attendant que ça progresse de ce côté-là, car c’était une expérience sur le long terme, elle présenterait demain son système de classification à sa chef de Branche. En fait Khadija était morte d’angoisse en y pensant. Et si elle trouvait tout ça mauvais, idiot et sans fondement ? Si elle la renvoyait à cause de ça ? Si même elle allait l’enfermer dans la cage du tripot pourquoi pas ? Voire carrément même la tuer de mécontentement ?

Oui Khadija était une angoissée pathologique légèrement paranoïaque sur les bords. Mais après tout dans ce monde c’était peut-être une bonne chose.

 
Khadija
 

Re: La soif d’apprendre

Partie 8 : Vers une émulsion intellectuelle réciproque



Khadija était ravie.

L’Infomancienne avait rendu son verdict face à ses premiers travaux : elle avait aimé !
La jeune fille se sentait transportée d’aise. Enfin son travail était reconnu ! Enfin elle était acceptée ! Telle une gamine elle souriait en sautillant en y pensant. Elle avait développé un respect sans borne à sa chef, à la limite de la vénération. Elle la trouvait brillante et la lecture de ses travaux la laissait souvent pantois d’admiration. Si Khadija avait été un homme et qu’elle avait conçu le concept d’amour elle serait surement tombé amoureuse.

Du coup cela lui avait redonné une de ces patates ! Elle était plus motivé que jamais surtout depuis qu’elle avait eu accès au labo. Elle était aussi très fière de sa tenue verte symbole des scientifiques même si certains la portait sans en être ce qu’elle ne comprenait pas.
Elle avait donc commencé à collecter des petits spécimens. Des morceaux d’animaux des crocs et mandibules d’araignées géantes et des serres de rapaces infectées. Chose étrange car aucune créature de ce type ne trainait à Vedasq. Les échantillons la laissaient en proie à une intense réflexion tentant d’imaginer l’allure et surtout la taille de ces bêtes avec fascination.

De plus elle avait rencontré enfin Lobélia une jeune fille très intelligente pour son âge et elles avaient très vite sympathisé. Enfin … dans la limite de la conception de Khadija de cette notion. C’était surtout que la gamine était très bonne en ce qui concerne les plantes et Khadija en ce concerne les animaux. Du coup elles se complétaient mutuellement.

Elles avaient même trouvé un sujet d’étude commun : les rampantes.
Voilà un autre sujet absolument fascinant. Ces créatures étaient-elles des plantes ou des animaux ?
Un jour Aiz les avait conduit toutes les trois vers une zone proche du Compas où elles avaient pu observer  une rampante. Les deux scientifiques avaient observé la créature en prenant de furieuses notes à en faire chauffer leurs stylos. Leur conclusion était commune et sans appel : c’était un animal. Le prochain objectif serait surement d’en capturer une morte et celle d’après…une vivante ? Ou même d’en couver les larves ? Aiz n’était visiblement pas chaude pour ça.

Toujours est-il que cela apportait des perspectives fascinantes pour la suite.

 





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