"Le piaf sur elle, il s'envolait même pas."
C'était quand même LE truc hallucinant. Déjà que ça m'avait troué le cul, il fallait en plus que le dénommé Ethan et la présage en cuir s'en servent comme téléphone devant mes petits yeux ébahis devant une pareille merveille. Il m'en fallait un. Un moineau, pareil, pour bosser comme éclaireur, ou AU MOINS pour faire le malin. Vingt-six ans, c'est pas vraiment un âge pour jouer à ce genre de conneries, vous me direz. Mais l'expérience en valait la chandelle. Autrement dit, au boulot.
Après avoir enrôlé sournoisement le fondateur Centurion, on s'est dirigé illico vers les Empalés pour trouver le matériel adéquat. Parce qu'il a eu une putain de bonne idée: Graines, petite caisse, bout de bois, fil. Vous voyez de quoi je parle, sans doute. Donc direction le premier HLM ou foisonnait les trucs inutiles. Déjà, j'ai pu choper un petit filet, et une pince à linge. Je sais pas trop comment je pouvais utiliser le filet, mais la pince à linge servirait pour le bout de bois. Ingénieux, fort ingénieux. Une fois qu'on a eu tout le matos sous le bras, on est rentré au Compas histoire d'attendre le petit jour. Par contre... Il est allé se pieuter dans la première maison, et je l'ai pas revu de la matinée. Il m'a bien niqué sur ce coup. Marvin, peut-être? Je sais pas, il toussait comme un porc... Et en plus, avec son short de femme et son petit T-shirt rouge, c'était plus un fondateur, c'était une cible ambulante (et pas très pratique, parce que utilisable qu'une fois). Ou alors AU MIEUX un épouvantail pour piaf, ce qui était loin de faire mon affaire.
Du coup, j'ai décidé de partir plus tôt. Belle petite matinée d'été, fond d'air frais, conditions optimales. Déjà, j'ai pensé qu'il y aurait de quoi faire au Nid.
J'arrive la bas au trot, toujours les mêmes. Tous à tourner autour de la seule femme du camp, comme des paons. Mais en moins beaux, je dirais plus... mouche à merde. Et puis les paons, ça vole même pas, je crois. Pas mon affaire. Bref ! Je pensais me reposer tranquillement, profiter d'un petit bain de soleil avant la chasse... Mais non, il a fallu qu'on en vienne à Yashori, cet espèce d'arriviste avec une telle tête de rat que dès que tu le vois qui discute avec quelqu'un, t'espère qu'il va lui foutre un bon coup de pelle dans la gueule. Je suis redescendu côté Ferme Next-Gen, et mon premier volatile m'attendait. Mais .... Avec celui-là, y'avait un hic. La proie, c'était moi. Et si j'avais eu l'occasion de choper un truc pareil, j'en aurais plutôt fait un garde-manger capable de me remplir pour les six mois prochains.
J'ai poursuivi mon petit jeu qui m'aurais sans doute valu le titre de plus grand imbécile de Vedasq si les éventuels clodos que je croisais en avaient su le but ultime: Risquer sa vie en courant le nez en l'air à la recherche d'une source de nourriture négligeable pour au final ne même pas la manger.
Mais que voulez-vous, quand une femme aux yeux bleus vous titille le reste d'orgueil qu'il vous reste dans cette immense poubelle à ciel ouvert qui vous sert de maison, on ne se sent plus pisser. Et c'est comme ça que j'suis arrivé aux Patis. Personne à droite, personne à gauche... Je recroise finalement la droguée de la pharmacie, mais rien d'intéressant ! La clé du succès se trouve, je le sais, dans les plaines qui portent le doux nom d'Inout.
La bas, c'est naturel, c'est sauvage, c'est beau. Mais les oiseaux font beaucoup trop mesquins. Et je sais pas ce que vous en pensez, mais ces saloperies sont pas rentable. Trop gros... 'Doit pas voler terrible... Dangereux...
Mais.... Ah?!
[Piaillement classique du petit volatile commun, le bête moineau quoi.]
Ca vient de la-haut. Il se casse, direction la baraque. Il est seul, et s'est posé derrière le mur.
J'ai eu le droit à une de mes scènes les plus ridicules de ma vie, ramper à la merci du premier tireur d'élite Nashen venu qui serait arrivé par la pour prier ses bibelots et communier avec ses simili-dieux, sur une putain de poutre en bois instable et qui grince tellement, qu'on pourrait penser qu'on a un Beranger derrière nous qui nous sert son "Hin Hin !" strident et désagréable. Et le piaf s'est même pas envolé !
Je suis en place. Il est tout près, je le sens, ses serres mortelles solidement plantées dans la terre meuble, près à éventrer dans un élan rageur les débris servant de nour.... QUOI ?! Mais enfin, je suis le plus discret de Vedasq, vous allez quand même pas me faire croire que mon pied a fait autant de bruit sur le bois pourri de.... Si? Vraiment? Qu'à cela ne tienne, je poursuis le malheureux volatile, il ne s'en tirera pas comme ça !
Mais le bestiau est rapide, c'est dur de l'avouer pour un homme aussi humble que moi, mais il m'a battu à la course. Tragique gouffre entre celui qui vole et celui que ne vole pas. Je redescends de mon rocher, et ... Il me reste le piège. L'oiseau s'est posé sur le toit du château d'eau. C'est un bon point, car je vais pouvoir mettre le tragique instrument en place. Hin Hin, comme dirait l'autre. Je lache grossièrement une poignée de graine à mes pieds, que je disperse par la suite en une longue trace. Je vide la boite de ses fils diverses et variés, place le petit morceau de bois de manière à ce qu'il retienne la boite via la pince à linge, et y arrime avec un nœud une longue ficelle qui me sert, on peut le dire, à tout.
Trente minutes ont passés. Puis quarante-cinq. L'oiseau se pose enfin. Soit c'est l'attirance pour les fameuses graines, soit le volatile a flairé que j'avais des fourmis dans ce qui me sert de corps.
Et c'est l'instant fatidique. Il a rien pigé à la manœuvre, le pauvre. KLAK ! Dedans. Je m'approche fièrement et avec une excitation telle que si le moineau piégé avait été Salye, on aurait même pas fait la différence. Je soulève le boitier et le prend rapidement entre mes deux mains. Mais le volatile regarde dans tous les sens, se débat, puis finit par se raidir et me regarder fébrilement, sachant qu'il est... Perdu. Et mon envie d'avoir mon propre moyen de communication avec la Dame de Fer s'estompe violemment. Car on ne peut pas apprivoiser un piaf. C'est sacrément impossible. Alors je le relâche et il se casse à la première seconde sans m'envoyer un œuf de remerciement. P'tit égoïste. Moi, je lui fais un signe de main, et c'est fort ridicule.
"C'est impossible de lui parler" disait la Présage en cuir. Eh ben la, ça l'est encore plus, tu peut en être sur. Disparu, envolé, l'espérance de lui en foutre plein les mirettes !
J'avais même pas le courage de revenir au Compas, on y croiserait sans doute la gueule de ce puant de Yashori, ou la mal-baisée qui se fait appeler Veilleuse... J'me suis donc endormi au château d'eau, comme un con.
Comme un sacré con.